HISTOIRE du cross

L’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétique (U.S.F.S.A.), est fondée le 20 novembre 1887 par les dirigeants de deux clubs parisiens, le Racing Club de France et le Stade Français. Soucieux d’organiser efficacement des compétitions à grande échelle. Georges de Saint-Clair fût le premier président. 

C'est d'abord une fédération essentiellement parisienne qui ne s'ouvre véritablement à la province qu'à partir du 23 octobre 1894, où 19 comités régionaux sont constitués afin de gérer les compétitions locales. 

Le 14 avril 1889, l’Union organise le premier championnat de France de cross-country. A cette époque, trois clubs seulement pratiquaient le sport pédestre : le Racing Club de France, le Stade Français et les Francs-Coureurs. 

En 1889 donc, les trois clubs précités alignent leurs meilleurs représentants à Bellevue (Meudon). La distance à couvrir est d'environ 16 kilomètres. 

Malgré sa trentaine de partants, l'épreuve est ardemment disputée. L'équipe des Francs-Coureurs, quelque peu handicapée par une erreur de parcours, digère difficilement sa défaite par le Stade Français. Le Racing est troisième. Individuellement, la palme revient au stadiste Mat Bersin.

Le premier hom gravé sur le socle du si beau « Gladiateur mourant » est donc celui du Stade Français.

 

Le Second National  a lieu à Chaville, le dimanche 20 avril  1890. 

Au Stade, au Racing  Club de France et aux Francs-Coureurs, se sont joints deux associations scolaires : le Sport Athlétique du Lycée Lakanal et la Société Sportive du Luxembourg, qui devint par la suite l'Association Athlétique du Lycée Louis-le-Grand. 

La course  voit donc aux prises cinq équipes sur la distance de 16 kms. Frantz Reichel s'y classe premier en 60 minutes, précédant Maurice Dezaux et Adolphe de Palissaux. Tous trois portent les couleurs du Racing. 

Trente-deux coureurs terminent le parcours. Mat Bersin, vainqueur de l'année précédente, est quatorzième. 

Grâce à sa triplette fameuse, le Racing gagne nettement, devant le Lycée Lakanal, le Stade Français est troisième devant les Francs-Coureurs. 

 

Deux équipes seulement au départ du National de 1891, qui se dispute à Ville-d'Avray, sur une distance ne dépassant pas 14 kilomètres. Seuls, le Racing et les Francs-Coureurs sont aux prises, ce qui revient à dire que la lutte se réduit à un duel sévère entre adversaires sérieux. 

Si Frantz Reichel sort une seconde fois vainqueur de la compétition, son club est battu. Par deux points (38 à 40), les Francs-Coureurs battent le Racing. 

Derrière Reichel (Racing), se classent , Cornetet (Francs-Coureurs), Maurice Dezaux (Racing) et Fernand Meiers (Francs-Coureurs). Auguste Marchais est neuvième. 

 

Le 27 mars 1892, la future grande épreuve se dispute à Garches, pour la quatrième fois, sur 14 kilomètres, et par un temps épouvantable, voit la victoire de Joseph Petit devant Fernand Meiers  (qui avait été sacré champion de France du 1.500 m en 4’25 le 18 mai 1890) et Louis Faure Dujaric

A noter que Louis Faure Dujaric était architecte. Il a été le concepteur de grands bâtiments sportifs, notamment l’hippodrome de Buenos-Aires, le court central de Roland-Garros et oeuvra avec le Racing Club de France pour l'implantation du stade olympique à Colombes pour l’organisation des jeux  de 1924 à Paris.

Avec l'équipe de rugby à XV de son club, le Racing, il fut finaliste du championnat de France en 1893.

C’est ce qu’on appelle des hommes complets ou des sacrés clients.

 

En 1894, l’organisation du championnat de France revient à Chaville.

Félix Bourdier (Racing Club de France) emporte l’épreuve devant Cheruy et Jacques Chastanié, tous les deux du Stade Français. Félix Bourdier devient champion de France du steeple en mai de la même année, et Jacques Chastagnier, le Parisien, né à Lorient, obtiendra la médaille d’or sur 3000 m steeple aux J.O. de 1900.

L’organisation de l ’épreuve reviendra une dernière fois à Chaville en 1922.

 

En 1906 et 1907, c’est Meudon qui est choisi pour l’organisation du championnat national.

La victoire revient à Gaston Ragueneau (SA Montrouge), vice-champion olympique du 5.000 m par équipes aux J.O. de 1900 à Paris. Il gagna 5 titres consécutifs de champion de France de cross et ce jour-là, l’emporte devant son camarade de club, Louis Bouchard et Georges Cousin.

En 1907, Jacques Keyser, franco-néerlandais licencié au Racing, gagne le titre devant Gaston Ragueneau et Jean Bouin, le marseillais, que l’on ne présente pas.

Gaston Ragueneau fût ensuite le 1er vainqueur du Challenge Lemonnier (Versailles-Paris) en 1902, puis en 1910, 1912, 1913 et 1914.

Jacques Keyser le gagna en 1909

 

Le 12 mars 1922, à Chaville, Joseph Guillemot emporte l’épreuve devant Lucien Duquesne et Louis Corlet.

Joseph Guillemot a déjà été sacré champion de France de cross en 1920 avant de devenir champion olympique du 5.000 m et vice-champion olympique du 10.000 m, cette année-là, à Anvers.

Comme beaucoup de sportifs à l’époque, Joseph Guillemot découvre l'athlétisme alors qu'il est militaire. Il est incorporé au 16è bataillon de chasseurs à pied à Bellac. Pendant la première guerre mondiale, en 1918,  il remporte le championnat de France militaire à Colombes. Il retourne ensuite pour quelques mois au front jusqu'à l'armistice du 11 novembre 1918. 

En effet, les compétitions militaires, dans les années 20, sont l’antichambre des championnats et inscrire son nom à leur palmarès promet une notoriété immédiate dans le petit monde du sport.

Lucien Duquesne avait déjà terminé 2ème du championnat en 1921. Il n’a que 21 ans et sa carrière démarrera vraiment à partir de 1923 où il remporte les titres de champion de France du 3.000 steeple et du 5.000 m. Il remporte aussi le  cross des nations par équipes en 1920 et 1923 et participa aux Jeux Olympiques en 1920, 1924 et 1928.

Louis Corlet est champion de France du 10 km le 10 juillet 1921

Louis Corlet devenu par la suite entraîneur. Il avait pirs l’habitude de glisser 5 pastilles Valda dans la poche de ses protégés. Etais-ce le début du dopage ?

 

En parallèle au sport masculin, la Fédération des sociétés féminines sportives de France (FSFSF) sous l’impulsion d’Alice Milliat, institutrice de profession, qui avait vécu en Angleterre au début du XXème siècle et qui s’était frottée à la modernité sportive décide d’organiser une première épreuve de cross-country féminin, le dimanche 28 avril 1918 à Chaville. 

Elle est soutenue par les deux principaux journaux sportifs du moment, l’Echo des Sports et l’Auto. 

42 engagées se pressent au départ dans une tenue jugée indécente par beaucoup : short et maillot. 

Anne de Tinguy (Academia) l’emporte en parcourant les 2.400 m en 9’58’’ devant Lucienne Laudré (Académia), âgée de 11 ans et demi et Lucie Cadies (Fémina Sports), troisième.

Une grande aventure commence alors pour le sport féminin.

Les effectifs de la Fédération augmentent rapidement pour passer de 14 sociétés en 1920 à 131 en 1922.

Le 30 mars 1919, la victoire revient à Lucie Cadies (Femina Sports) qui devance Lucienne Laudré (Academia) et Lucienne Tourbier (Académia), troisième.

12 mars 1922 à Chaville, victoire de Marcelle Neveu devant Juliette Petit, licenciées à La Clodo (UA St Cloud) et Albertine Regel (CA Parisien)

et le 21 mars 1926 à Meudon, victoire de Suzanne Thuault (Nova Femina) devant Ellena (Nova femina) et Marcelle Neveu (la Clodoaldienne)

 

Les Britanniques ont joué un rôle primordial dans la création et la codification du cross-country, ce qui leur a donné une longueur d’avance que les autres pays ont cherché à rattraper.

C’est ainsi que les Français vont les affronter le 20 mars 1898 à Ville d’Avray dans ce qui est peut être considéré comme le premier match international, même si les participations ne sont pas reconnues comme des sélections officielles.

 

La rencontre se dispute par équipe de huit coureurs sur 9 miles (14,5 kms), une distance courante à l’époque. Et si cette équipe de France de pionniers pense apprendre au contact de ses adversaires, elle ne va pas être déçue ! Après 56 minutes et 35 secondes d’efforts, Sid Robinson s’impose avec moins de deux secondes d’avance sur son co-équipier Harry Harrison. Et derrière c’est un véritable raz de marée puisque les Britanniques prennent les six places suivantes !

 

Georges Touquet-Daunis, qui participera ensuite au marathon des JO de 1900, termine neuvième à 24 secondes de Georges Meachan mais surtout à 2 minutes 30 du vainqueur. Viennent ensuite Freeman, Pican, Jean Joseph Genet (futur premier président de la FFA), Hennetin, Michel Dupré, Auguste Marchais lui aussi sélectionné olympique au marathon à Paris et Aubert, dernier à plus de sept minutes de Robinson ! Le résultat par équipe ne fait ainsi aucun doute … 

En 1903, une compétition internationale rassemblant l’Angleterre, le Pays de Galles, l’Écosse et l’Irlande du Nord, voit le jour. C’est le Cross des Nations que remporte l’Anglais Alf Shrubb. 

La France y fait son entrée en 1907. Jean Bouin sera le premier Français à inscrire son nom au palmarès (25 mars 1911). 

Le cross des nations s’est couru la première fois en France, le 24 mars 1913, sur l’aérodrome de Juvisy. 36 coureurs sont au départ représentant 4 pays.

Jean Bouin gagne l’épreuve en parcourant les 10 miles (16,1 kms)  en 51’52’’4 devant l’anglais Ernest Glover  (52’33’’) et le français Jacques Keyser en 53’10’’.

Malgré 2 français sur le podium, c’est l’Angleterre qui remporte le titre par équipes (38 points) devant la France (61 points), l’Ecosse (96 points) et l’Irlande

 

À noter également que les femmes débutent dans ce championnat en 1967, l’Américaine Doris Brown s’impose. L’épreuve sera remplacée par les championnats du Monde en 1972.

 

Depuis la création des Championnats du Monde, à la lecture du palmarès, l’Afrique domine la discipline chez les hommes sur le cross long (12 km). Bien que les Éthiopiennes et Kenyanes soient très présentes, la supériorité africaine est moins flagrante chez les femmes sur le long féminin (8 km). La Française Annette Sergent a, par deux fois, remporté le titre mondial.

 

École du courage et de la volonté, le cross-country a connu différentes modifications au fil des ans. Il reste cependant pour les disciplines athlétiques, l’épreuve pratiquée par le plus de générations. Le cross-country n’est-il pas le plein air de l’athlétisme ?

 

L’endurance interdit l’orgueil d’être en tête au mauvais moment pour ne pas flamber trop tôt. Il faut être humble et régulier.